MILK. Du lait, quoi. Du grand lait !Gus Van Sant nous sort un film d'une grande richesse, d'une géniale subtilité, d'un extraordinaire sens de la vie. Je ne me suis pas ennuyée une seconde, malgré la longueur - tous les critiques de cinéma sont unanimes, ce film est un chef-d'oeuvre. En ce moment, les grands du 7ème art sont de sortie : Clint Eastwood, Sean Penn... Harvey Milk. Jamais entendu parler auparavant. Pourquoi y a-t-il tellement de recoins de l'histoire que l'on ignore encore ? Le grand pouvoir du cinéma, c'est de nous les faire découvrir. C'est l'histoire de... Harvey, le gay. Celui qui s'est "caché au fond d'un placard", placard dont il finit par sortir pour se dévoiler au grand jour. C'est le premier politicien américain ouvertement homosexuel. Militant pour les droits civiques de ceux encore au fond du placard, Harvey Milk a été le conseiller municipal qui, j'en suis sûre, s'est le plus battu pour obtenir son poste. Deux points : - Tout d'abord, la réalisation. Gus Van Sant possède une patte, un style, une signature. Tous ces films comportent des ralentis sans musique, des rues, et des sentiments contradictoires. Tous ces films ont une atmosphère de dénuement, de vide, de vrai. Il va à l'essentiel, se débarrasse des objets, des choses matérielles inutiles, il ne garde que l'important, le principal, et au fond ce qui nous intéresse vraiment : ce qu'on fait de sa vie, autrui, les sentiments, ce qu'on est et ce qu'on désire être. Ce Gus construit un long-métrage qui est un véritable travail de réalisation. Un procédé que je n'avais jamais vu auparavant, qui m'a impressionné : le réalisateur a mélangé des images, des vidéos d'archives de l'époque (années 70-80), de San Francisco, des défilés, des fêtes, mais aussi des archives des journaux télévisés, des attentats. Il a réussi à combiner les deux, le réel et le cinéma, et on ne sait plus très bien où on se situe. Le cinéma devient réel, la réalité s'impose à la fiction. Un boulot de maître, vu que les vidéos s'accordent très bien avec le film lui-même, malgré le flou des anciennes vidéos. - Ensuite, l'interprétation. Sean Penn s'est métamorphosé. Il est très, très doué. Il est émouvant, passionnant, captivant, impressionnant. Into the wild était génial. C'est Sean Penn qui l'a réalisé. Du grand lait... pour nos grandes gueules.
Emil Nolde est un expressionniste allemand. Il s'est beaucoup inspiré des impressionnistes français, de Van Gogh, Matisse et d'Edvard Munch le norvégien. Les affiches d'une de ses toiles sur la mer envahissant promptement tout Montpellier, j'ai décidé d'y aller en grande curieuse que je suis.
Je n'ai pas été déçue. Ses peintures sont extrêmement colorées, vivantes, mouvantes. On dirait qu'elles expriment leur liberté. Ces peintures sont dotées de vie : elles bougent, dansent, se donnent en spectacle. Le visiteur est surpris par le balancement du peintre entre un coup de pinceau fin, ordonné et sans plis, et entre des toiles très vivaces, constituées de gros coups de pinceau, bien appuyés, visibles à l'oeil nu, plus visibles que l'ensemble de la peinture.
Cela peut d'ailleurs devenir un "défaut" : en effet, les traits sont tellements grossiers sur la toile que la peinture devient enfantine. Dans l'impressionnisme comme dans l'expressionnisme, il faut savoir s'éloigner pour mieux savourer les traits.
En 1909, Emil Nolde rêve de fonder un groupe de peintres qui réunirait Munch, Matisse, Holder... ce groupe ne verra jamais le jour.
Coups de coeur : Jour de moisson, Portrait du peintre Schmidt-Rottluff, Devant un verre de vin.
Les toiles paraissent effrayantes, sur certaines : des yeux exorbités sont collés sur des faces vertes, roses pâles, jaunes... il y a une grande peinture dérangeante, au milieu de l'exposition. Il s'agit de la Vie du Christ. On voit un grand jésus, blafard, tailladé, allongé. Comme Le cri de Munch, sauf que c'est Jésus. Figures allongées, pommettes rouges et saillantes.
Un peu plus loin se trouve des petites toiles magnifiques : notamment une très simple, qui s'intitule "Ciel étoilé" me faisant penser à un autre ciel étoilé, celui-ci :
Dans une autre partie de l'expo, il peint des familles Papoues, des indigènes de Nouvelle-Guinée... sublime séries de portraits d'hommes et de femmes du Pacifique. Van Gogh toujours, petite série de peintures sur les tournesols. Ensuite, on voit les toiles sur le thème de la mer : de la mer calme d'un dimanche après-midi à la mer nordique déchaînée.
Bref, une exposition très réussie, un Nolde en forme (mouarf).
Traits vivants...
Doute.
Etrange sentiment, qui fait l'objet d'un film. Une tension perceptible, une rumeur qui enfle, ce petit quelque chose qui ne va pas. Une impression, une sensation, que la vérité n'est pas établie.
Il s'agit d'un film sur la pédophilie en milieu saint. Ça peut choquer, et, en effet, ça choque ; Comment réaliser un long-métrage sur ce sujet, sans verser dans l'horreur, la tragédie sur-développée ou le pathos glauque ? Le père Flynn, un père de la paroisse joué d'une façon admirable par Philip Seymour Hoffman, celui qui joua Truman Capote dans le film du même nom, est accusé d'attouchements sur un jeune garçon de 12 ans. Meryl Streep, remarquable dans son rôle de directrice mégère, qui voit tout et qui contrôle tout, a l'air moins naive que les autres. Elle le dit : "j'ai besoin d'être plus rusée qu'un renard" pour faire son métier. Un jour, alors qu'une consoeur, Soeur James, pressent quelque chose de louche (des indices, des preuves, des impressions) elle le dit à Soeur Aleysius (Meryl Streep) qui se charge de l'affaire. Elle ira au devant de tout le monde pour faire valoir son droit d'expression : cet homme, que l'on croit bon, a t-il commis le pire ?
Le film est coupé en trois parties distinctes, débutées par un serment du Père Flynn. 3 serments qui décrivent l'évolution du film : le premier porte sur le doute, le second sur la tolérance, le troisième sur les adieux.
On ne saura pas. C'est à nous de composer notre propre décision. Laisserons-nous prendre au doute, comme l'a fait Soeur Aleysius, ou rejetterons-nous nos peurs les plus enfouies, pour rechercher la simplicité, comme le fait Soeur James ?
Il y a une scène magistrale où Le prêtre et la directrice se crient dessus, chacun voulant faire croire l'autre. "Vous mentez". N'arrête-elle pas de dire. Dans ce bureau vert, les deux protagonistes se tournent autour comme des chats enragés, l'un désirant incarner l'innocence, l'autre la justice.
Un bon film, bien filmé. Quelques longueurs toutefois. Une fin en queue de poisson mais le scénario est bien mené.